Demain le monde sera bleu
Eunous
10 Jun 2007 15:46 GMT
Le libéralisme va triomphant...
La vague bleue déboule et on semble s'en étonner. Pourtant, quoi de plus normal qu'une vague bleue dans un océan de candeur ? Le rouge de toute façon s'est diluée dans l'eau salée de la mondialisation pour donner un rose d'une telle pâleur qu'on croirait voir le cadavre du socialisme déchu. Rendez-vous à l'évidence, le socialisme n'est plus. Il n'est plus depuis que la mondialisation économique à rendu le capitalisme libéral consensuel. Cela ne fait-il rire personne d'entendre un socialiste dire "la mondialisation est inéluctable, il faut instaurer un bon libéralisme". Le revoila le bon vieux mythe du capitalisme à visage humain : il faut que chacun s'enrichisse individuellement avec altruisme ! Est-ce que je suis le seul à voir un oxymore dans ce voeu pieu ?
Alors la vague bleue, n'est-elle pas le résultat d'un rose qui tend toujours plus vers le violet ?
Mais oui messieurs dames, le socialisme de nos jours n'est autre qu'une nouvelle tendance de la droite ! J'entendais la semaine dernière sa sainteté Royal dire qu'elle se réjouissait que Sarkozy reprenne des points de son pacte présidentiel... Evidemment, depuis que les socialistes flattent l'électorat de droite, leur programme est de droite, alors elle peut se réjouir, car leur politique commune triomphera : "je réforme, tu réformes, il réforme, réformons, réformez ! Tout est pourri, tout est vieux, il FAUT REFORMER !!". Si la délinquance est une tare génétique, je me demande parfois si la réformite populiste n'est pas une nouvelle forme de maladie dûe au surmenage politicien...
Alors je les vois à droite comme à gauche venir fustiger l'appareil d'Etat, attaquer l'inefficience de l'administration, vouloir en dégresser les rouages en ne renouvelant plus des milliers de fonctionnaires qu'ils ont déclarés inutiles. Quelle abominable mesquinerie politicienne ! L'inefficience, c'est eux. Ce sont eux la rouille de l'appareil, avec leur rêve de désengagement et leur intarissable soif d'influence. Ils font croire au peuple que l'immobilisme de l'appareil vient de ses règles trop strictes, de l'incompétence de ses employés, et ils taillent dans le vif en dérégulant, en simplifiant toujours plus le droit administratif et en supprimant tous les garde-fous législatifs qui nous évitaient la déviance totalitaire. Avec leur rêve de libéralisation, ils prétendent combattre le totalitarisme inhérent à l'Etat, mais il ne font que poser les bases d'un tout nouveau type de dictature : celle de la jungle. Pas de règles et pas de lois, pas de justice, pas de paix ! L'homme au couteau entre les dents, ce n'est plus le partisan fanatique d'une belle utopie humaniste, mais le politicien libéral et pragmatique qui juge le monde à partir de ses statistiques. Et pourtant, dans l'inconscient collectif, l'ennemi semble être devenu plutôt le fonctionnaire. Tout le monde ne souhaite que la mort du fonctionnaire, son éradication, lui cet animal oisif qui compromet la marche vers la liberté absolue. C'est un bouc émissaire facile : quoi de plus simple que de mettre toute la faute sur l'épaule de ceux qui font fonctionner l'appareil, mais qui n'en ont pas les leviers ? Tout le petit personnel indispensable, qui a toujours été impopulaire parce que les gens ont horreur des démarches administratives, voila l'ennemi idéal. Le cheminot SNCF, l'employé du guichet de poste, la secrétaire de préfecture ou de mairie, l'agent de la DDE, l'électricien d'EDF, le cadre C du ministère. A la trappe ! Et à côté de ça, le flic devient le nouveau hérault du peuple et le politicien semble placé hors catégorie : ils sont les seuls à avoir un avenir dans cet Etat-gendarme dont rêvent les libéraux…
Alors dans ce contexte où toutes les tendances politiques s'accordent pour réformer l'Etat afin de lui donner toujours moins de pouvoir, il ne faut pas s'étonner que la France passe au bleu, puisque le bleu est devenu la couleur de la liberté absolue. On aurait pourtant dû se méfier de cette liberté version Etats-Unis qui a tout d'un nouveau colonialisme financier et qu'on a vu à l'œuvre au Guatemala en 1954, au Vietnam en 1964, au Cambodge en 1972, au Chili en 1973, au Salvador en 1977, au Nicaragua de 1984 à 1990, à Panama en 1989, en Afghanistan en 2002, en Irak en 1991 et 2003… En passant au bleu, ce qui va changer, ce seront nos soutiens militaires à la croisade américaine pour la "liberté".
Un conseil pour tous les actionnaires qui contribuent à la ruine de notre société : placez vos actions dans EADS, parce que la guerre c'est l'avenir ! Demain, le sang que verseront les victimes du libéralisme partout dans le monde sera bleu…
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